Revue de Presse - Article :

La chronique CD : troublants voyages musicaux

Média : Les Echos
Ecrit par Pascal Pogam - Date : 31/01/2014
Florent Marchet faisait partie, en novembre dernier, de la centaine de personnalités conviées pour l'édition spéciale des "Echos" consacrée à la « relève", et ce n'est pas tout à fait un hasard. Parce qu'il compte pas mal de fans dans cette rédaction, d'abord. Mais aussi parce qu'à l'écoute de ses albums, on percevait depuis longtemps une forme de résonance avec les sujets qui nourrissent nos pages. Les plans sociaux ("La Charrette"), l'emploi des seniors ("Le Vieil Enfant"), la vulnérabilité au travail ("La Chanson du DRH"), le creusement des inégalités ("Les Bonnes Ecoles")... Depuis dix ans, voilà le genre de thématiques brassées avec finesse par ce musicien touche-à-tout, qui a le bon goût de ne jamais tomber dans la chanson militante.

Son univers ne se résume heureusement pas à cela. Florent Marchet, c'est d'abord une voix, reconnaissable entre toutes, rappelant souvent celle de Souchon. Ce sont aussi des mots, toujours simples, toujours justes, avec cette faculté étonnante de vous bouleverser sans crier gare. Il y a surtout cette richesse musicale, cette variété d'influences, qui empêche de le classer dans une catégorie bien définie : pop, folk, chanson française ? Sans doute un peu de tout cela à la fois... A la sortie de son deuxième album, "Rio Baril", en 2007, beaucoup avaient comparé son style et le foisonnement de ses compositions à ceux de l'américain Sufjan Stevens. Pour les ambitions affichées peut-être. Mais avec le temps, le chanteur berrichon s'avère beaucoup plus constant, et bien moins indigeste que son lointain cousin. On leur reconnaîtra quand même un point commun : ce même penchant pour les "albums-concept". "Rio Baril", donc, qui racontait les 40 premières années tourmentées d'un homme dans une petite ville imaginaire ; puis "Frère Animal", sorti en 2008 et co-écrit avec l'écrivain Arnaud Cathrine : une satire cinglante du monde de l'entreprise...

Pour son dernier album, "Bambi Galaxy", qui vient de sortir, Marchet nous propose à nouveau un "projet", dont le "pitch" en effraiera peut-être plus d'un : l'histoire "d'un homme du 21ème siècle qui refuse et se raidit face aux nouvelles perspectives qu'offre le monde qui l'entoure", et finira par embarquer "femme et enfants pour un voyage loin au-dessus de nos têtes qui durera plusieurs vies". Vous souriez... Et vous avez tort. "Bambi Galaxy" n'a rien d'un album boursouflé et fumeux, qui ressusciterait le bon vieux rock progressif des 70's. Si Florent Marchet réveille des fantômes, ce serait plutôt ceux de Melody Nelson et de l'Homme à tête de chou, deux références auxquelles on songe souvent à l'écoute de ces douze chansons. Il en est une autre, évidente, et pas seulement parce que le dernier titre s'appelle "Ma particule élémentaire" : l'ombre de Michel Houellebecq elle aussi, plane sur ce long voyage, chronique d'une planète Terre - cette "boule de cons" - qui court à sa perte. Le son est plus électro que par le passé. La qualité de l'écriture, elle, reste la même. Elle nous réserve cette fois encore quelques moments de grâce ("Que font les anges", "La dernière seconde", "Devant l'espace", "Ma particule élémentaire"), qu'il est urgent de vivre en concert, puisqu'une tournée se profile...

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